Non, l’appel d’offres éolien d’Hydro-Québec n’est pas axé sur l’acceptabilité sociale!

Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Estrie, Montérégie, Laurentides et Lanaudière, le 13 avril 2026 – Hydro-Québec annonce faussement avoir « bonifié les modalités en termes d’acceptabilité sociale » dans le communiqué annonçant le lancement de l’appel d’offres éolien, alors que les deux seuls critères à cet égard demeurent inchangés. Ceux et celles qui ont découvert le processus silencieux, sournois et confidentiel par lequel s’instaure un projet éolien savent ce qu’il faudrait pour qu’une « intégration harmonieuse de projets dans les milieux d’accueil » soit possible. Une trentaine de comités citoyens à travers la province, unis sous le Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ) en a fait part à Hydro-Québec lors d’une rencontre en juillet 2025 et au cours de la récente consultation sur l’appel d’offres éolien. Hydro-Québec a choisi, en toute connaissance de cause, de ne pas remédier à ce qui rend le développement éolien anti-démocratique. Voici un résumé de la critique rédigée par le RVÉQ à l’égard du présent appel d’offres. 

L’acceptabilité sociale bafouée

Lorsqu’on consulte les documents de l’appel d’offres, on comprend que pour Hydro-Québec, l’acceptabilité sociale se résume en deux points :

  1. « La capacité du soumissionnaire de déployer une démarche d’acceptabilité sociale adaptée au milieu d’accueil. Dans l’évaluation de ce critère, le Distributeur ne vise pas à poser un jugement sur l’acceptabilité environnementale du projet. »

  2. « Une copie certifiée conforme d’une résolution dûment signée de chaque Milieu local concerné », c’est-à-dire du conseil municipal, sans nécessité de processus référendaire, ni même de rendre compte d’un processus consultatif positif. 

Accepter, c’est dire oui. La collectivité doit dire oui, c’est ça une véritable acceptabilité sociale. Il est nécessaire que des critères prouvant cette acceptation de la part des milieux d’accueil soient ajoutés au processus permettant le développement d’un projet éolien. 

Une démarche à l’envers et « désintégrée »

L’appel d’offres 2026-01 est lancé au milieu du processus d’élaboration en accéléré du PGIRE (plan de gestion intégrée des ressources énergétiques) prescrit par la loi 69. Cet appel d’offres d’Hydro-Québec vient désorganiser son propre mandat de « mettre en place un modèle de développement mieux planifié et mieux coordonné. »[1] Le gouvernement provincial n’a pas encore adopté le PGIRE et Hydro-Québec pèse déjà sur l’accélérateur de projets !

L’appel d’offres est un outil commercial alors que la problématique énergétique est un choix de société

Lancer un appel d’offres de production éolienne en terre agricole habitée, c’est se déresponsabiliser envers les collectivités touchées. Hydro-Québec impose aux promoteurs l’odieux défi de déjouer les orientations gouvernementales de préservation du patrimoine agricole: comment vont-ils obtenir les droits fonciers pour l’implantation de leurs mégaturbines de 200 mètres de haut ? Par quelles stratégies insidieuses vont-ils obtenir les résolutions municipales en soutien à leur projet ? 

Des intérêts 100% privés se cachent dans les partenariats publics-privés

Les appels d’offres culminent avec la signature de contrats d’approvisionnement entre Hydro-Québec et un producteur d’électricité éolien privé. Les producteurs privés se constituent en sociétés en commandite qui incluent des partenaires communautaires tels que les MRC, les municipalités, les conseils de bande... Dans ce processus, un partenaire communautaire se fait proposer un projet déjà ficelé sur lequel il ne pourra plus apporter de modification ; il est ainsi instrumentalisé pour son soutien au projet et en plus, il devient responsable de la gestion des inconvénients.

Dans l’appel d’offres 2026-01, une nouvelle disposition permet à « un partenaire communautaire de céder sa participation après les trois premières années d’exploitation d’un parc éolien. Cette disposition soulève des préoccupations, d’autant plus que le développement de ces partenariats visait initialement à éviter une privatisation complète des parcs éoliens. » [2]

Des pratiques insidieuses encouragées par l’appel d’offres

Dans le formulaire d’appel d’offres, Hydro-Québec requiert la liste des droits fonciers acquis pour l’implantation de chaque éolienne des parcs que proposeront les acteurs de l’industrie. Les promoteurs commencent à faire du porte-à-porte bien avant le lancement de l’appel d’offres, bien avant les consultations et un quelconque appui des communautés locales. Ils font alors signer des ententes d’octroi de droits fonciers directement avec les propriétaires offrant une prime monétaire importante à la signature.

Le marché actuel des redevances proposées par les promoteurs se situe autour de 6000$ par mégawatt installé. Un propriétaire qui a signé une entente confidentielle pour une éolienne de 6 MW empochera environ 36 000$ par année. La signature de telles ententes se fait avec certains propriétaires alors que d’autres dans un même voisinage n’en ont même pas connaissance. 

Dégradation complète de la paix sociale 

Ainsi, les ententes signées par les uns effritent les liens d’amitié et familiaux avec les autres. Une éolienne installée chez un particulier qui reçoit ses redevances aura des impacts aussi chez son voisin qui n’en reçoit pas. Qui dans les collectivités aura la chance de s’enrichir ? Est-ce que l’argent compensera vraiment les nuisances ? Les zones d’accès restreint sous les nouvelles grandes éoliennes s’élargissent à plus de 800 mètres de diamètre et chevaucheront les propriétés adjacentes. 

La crédibilité de la démarche mise à mal 

Avec les parcs éoliens, au nom de la transition énergétique, on fait miroiter des retombées structurantes à la population. Pourtant, « il n’existe pas de preuve de l’impact sur la vitalité économique d’une telle démarche sinon l’engouement avec lequel les collectivités s’impliquent dans la filière » ; [3] aucun mécanisme de reddition de comptes n’est ou n’a jamais été mis en place.

Les risques encourus par les riverains sont bien réels :

-       des investissements endossés à même la valeur foncière des résidents,

-       des retombées locales insuffisantes,

-       une baisse de la valeur des actifs immobiliers,

-       une explosion des coûts de démantèlement,

-       des contaminations à l’amiante, au PFAS, BPA et autres,

-       aucun ajustement possible en cours de contrat et aucune indemnisation prévue.

Les appuis aux projets que nos élus et élues adoptent par résolution brisent les liens de confiance avec la population. Dans le cadre de l’appel d’offres 2026-01, les promoteurs privés brandiront encore ces résolutions en guise d’acceptabilité sociale.Les institutions publiques perdront alors en crédibilité et le cynisme envers nos élus et élues continuera son ascension dans l’opinion publique.

Les terres agricoles restent ouvertes aux éoliennes

L’entente de principe qu’Hydro-Québec est allée chercher avec l’UPA ne changera rien sur la perte de terres agricoles qu’occasionnera l’implantation d’éoliennes. Les zones visées pour les projets demeurent en terres agricoles. Alors qu’Hydro-Québec promet une mise à jour du cadre de référence de l’implantation d’éoliennes en terre agricole, les recommandations qu’il contient resteront facultatives et sans conséquence ! 

« Le RVÉQ continue de réclamer l’abandon de l’appel d’offres, car il est vecteur de chaos social, de négligence environnementale, d’une vision réductionniste des problèmes qu’il prétend résoudre et, finalement, de précarité économique, » conclut Janie Vachon-Robillard, coordonnatrice responsable du dossier éolien au RVÉQ.

« Seule la nationalisation de la filière éolienne, couplée à la prise de décisions démocratiques au niveau local et national, rendrait honneur au patrimoine des habitants de ces territoires », complète Charles-Antoine Péloquin-Guay, auteur de la critique de l’appel d’offres pour le RVÉQ. 

Consultez le texte intégral de cette critique sur:  

https://rveq.ca/communications-du-rvhq/critique-de-lappel-doffre-ao-2026-1

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[1] Tracer la voie vers une réussite collective – Stratégie de développement éolien – Hydro-Québec – 2024- p.5

[2] PGIRE : Prioriser la sobriété et l’efficacité énergétique, mémoire présenté par l’Union des Consommateurs à la Régie de l’Énergie dans le cadre de la consultation publique sur le rapport préliminaire en vue de l’établissement du PGIRE - 20 février 2026

[3] Partenariats dans la production éolienne - Un état des lieux – Noël Fagoaga – Avril 2025 p. 30

[4]https://www.upa.qc.ca/citoyen/recherche/communique-lappel-doffres-eolien-dhydro-quebec-doit-etre-suspendu

 

 

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