Décentralisation Financement des municipalités et développement éolien

Madame Tina Daudelin, de Packington, demande aux candidats à l'élection, de s'engager à ce que le financement des municipalités ne soit plus laissé au secteur privé, comme c'est le cas présentement avec les projets éoliens.

Décentralisation, financement des municipalités et développement éolien

Le mot décentralisation a été prononcé une quantité impressionnante de fois par les candidats présents lors du débat qui s’est tenu au Témiscouata, dans le Bas-Saint-Laurent, le 24 septembre. Bien que, personnellement, j’estime cette décentralisation nécessaire dans bien des domaines, cette orientation, notamment en ce qui concerne le développement éolien, soulève néanmoins des questions complexes, dont celle du financement.

Les municipalités et les MRC rurales connaissent déjà une augmentation des responsabilités, alors que le financement ne suit pas le même rythme. Le résultat: des élus, dans ma région comme dans bien d’autres, prêts à industrialiser et à céder des pans du territoire qu’ils ont pourtant le devoir de protéger… pour une, et une seule, raison: l’argent... évidemment. Le développement éolien représente des coûts à l’échelle de la province. En 2024, l’IREC, l’institut de recherche en économie contemporaine, indiquait que « depuis 2009, les consommateurs {québécois} ont payé plus de 6,09 G$ pour la priorité accordée au développement de la filière éolienne par des investisseurs privés ». Malgré cela, l’éolien trouve preneur dans les conseils municipaux et de compté des régions « pour arrondir les fins de mois » et donner une marge de manœuvre pour payer différentes initiatives qui répondent (ou pas…) aux besoins locaux. Décisions à courte vue, pourtant, car les coûts sociaux, environnementaux et économiques pour les régions ainsi industrialisées ne sont pas mesurés. C’est pratique, quand même, de ne regarder que la colonne des revenus sans regarder celle des coûts pour les décennies à venir. Pratique ou insidieux, car lorsqu’on peine à remplir le frigo, on n’a pas le loisir d’investir dans sa retraite.

Quel est ce Québec qui demande aux citoyens ruraux d’accepter une transformation de leur milieu de vie, de la qualité de vie qu’ils ont choisi, de l’identité collective forgée par les paysages et l’utilisation du territoire? Pour quoi au juste? Alimenter de nouveaux centres de données, continuer de gaspiller, exporter… en prétextant que c’est pour la transition énergétique, vraiment?! (Cherchez, vous ne trouverez pas de cadre réglementaire permettant de s’assurer que la nouvelle production servira la décarbonation. Il n’y a aucune reddition de compte.)

Demande-t-on à la ville de Québec de sacrifier son patrimoine pour payer son service de transport en commun? Non, parce que c’est insensé. Son patrimoine, c’est sa signature, la fierté des résidents et, au passage, il est rentable ce patrimoine. J’habite le Témiscouata et le nôtre, notre patrimoine, c’est la nature, nos montagnes et nos nombreux lacs et cours d’eau, la possibilité de voir les étoiles, d’écouter le silence. Des joyaux. Et au passage, il est rentable, ce patrimoine, cette forêt, ces grands espaces. L’emploi de plusieurs d’entre nous y est lié.

Sans parler des enjeux de sécurité publique pour les utilisateurs du territoire (risque de projection de glace) et, plus largement, pour les villages à proximité avec une incapacité à utiliser la force de frappe des avions-citernes de la SOPFEU en cas de feu de forêt. Le territoire forestier bas-laurentien est parsemé de petites municipalités… Déjà, elles sont desservies par des pompiers volontaires. Comment, au Québec en 2026, différents paliers de gouvernement peuvent-ils prendre la décision d’affaiblir notre protection? Aurait-on idée de demander à la ville de Montréal de réduire ses effectifs du service incendie pour réduire les coûts?

Quand a-t-il été jugé acceptable, pour notre avenir collectif, que le territoire des régions serve les intérêts de multinationales du secteur éolien et qu’il soit façonné par elles? Que les municipalités n’avaient qu’à déléguer leurs pouvoirs? À garantir des emprunts faramineux avec la valeur foncière de leurs citoyens? À créer des sociétés en commandite pour contourner la loi au Québec qui interdit aux municipalités d’être des promoteurs et des investisseurs dans des entreprises privées? À traiter les régions comme des colonies desquelles ont extrait des ressources, ici de l’électricité à transporter vers les centres urbains du Québec?

« Colonie ». Vous trouvez le mot trop fort? Une multinationale, pour s’installer, promet quelques dollars aux élus et à quelques propriétaires terriens, sans leur donner toutes les informations pertinentes. Devant les questions citoyennes, les élus répondent qu’ « il n'y a pas de projet » et hésitent à adopter une réglementation pour protéger les zones habitées et réduire les risques de sécurité publique. Il ne faudrait quand même pas nuire à un projet, non? Les citoyens apprennent au téléjournal que leur MRC fait partie d’une entente pour un méga parc éolien. Hydro-Québec consulte pour des décisions déjà prises. J'ai mis longtemps à identifier, puis à accepter de nommer ce sentiment qui m'était jusque-là inconnu, jusqu'à ce soir où un promoteur éolien quittait notre domicile après plus de deux heures de discussion. Après avoir fini par comprendre que son projet, c’est d’éparpiller des éoliennes dans la municipalité, la transformer en parc éolien elle-même. J’ai senti que notre communauté était traitée comme une colonie, voilà. Comme si nous n’avions pas d’avenir par nous-mêmes. Malheureusement, ce portrait s’applique à un nombre grandissant de municipalités rurales.

Alors quand j'entends les candidats aux élections parler de décentralisation, je veux les entendre s'engager à ajuster en conséquence les transferts aux municipalités. Je veux l'assurance qu'ils engagent autant leur responsabilité envers la population rurale que celle des centres en mettant fin au mode déguisé de financement des municipalités que sont les développements éoliens. Jamais les Québécois, ruraux comme urbains, n’ont consenti à la privatisation du financement des municipalités.

Tina Daudelin

Co-porte-parole comité citoyen Éoloin

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