Un pacte avec le diable

M. Montpetit, de La Présentation, constate que M. Carney souhaite contrer la guerre tarifaire américaine en faisant du Canada une « puissance énergétique ». Mais, en contexte de crise climatique, n'est-ce pas pactiser avec le diable? 

L’enjeu de l’élection d’avril 2025 était : « Qui est le mieux placé pour tenir tête à Trump? ». M. Mark Carney s’est imposé comme le choix évident. Présentement, en accord avec son discours de Davos, il diversifie les marchés pour que les « puissances intermédiaires » puissent tirer leur épingle du jeu face à une guerre commerciale injustifiée. Et sur le plan intérieur, il multiplie les projets « d’intérêt national » pour calmer la grogne des Albertains et faire en sorte que le Canada devienne une super puissance énergétique. Cependant, compte tenu des dérèglements climatiques, est-ce que la construction d’oléoducs aux frais des contribuables est la meilleure stratégie?[1]

En effet, les changements climatiques de 2026 nous étonnent par le paroxysme de leur violence! À la mi-juillet, l’Europe vient de subir sa troisième grande vague de chaleur ; ces évènements caniculaires auraient causé 10 000 décès.[2] Il a même été question d’annuler le tour de France parce qu’il fait trop chaud pour les athlètes et les spectateurs. Des inondations dans l’ouest canadien et la région de Montréal ont causé pour plus d’un milliard de dollars de dommages. De nombreux feux de forêt ont fait 13 morts en Espagne tandis que ceux de l’Ontario rendent l’air irrespirable à Toronto et dans le nord-est des États-Unis. Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, le Washington Post nous annonce l’arrivée imminente d’un super El Niño qui pourrait sérieusement perturber le climat de la planète au cour de la prochaine année.[3]

En plus d’être néfastes pour les êtres vivants, ces excès de chaleur ont des effets pervers sur les transports ferroviaires. De même qu’en Europe, les « GO trains » de Toronto (l’équivalent de nos trains de banlieue!) ont dû annuler des parcours en train et en retarder d’autres pour éviter des déraillements possibles. Comme la chaleur donne de l’expansion au métal des rails, il y a des gondolements des rails dus au soleil (« sun kinks ») qui peuvent causer des situations dangereuses pour le transport ferroviaire. [4] Suite au déraillement de Repentigny au début juillet, on peut lire dans La Presse que les « conclusions préliminaires de l’enquête du CN, exploitant de la voie, concluent que le déraillement a été causé par des températures extrêmes provoquant le déplacement des rail. »[5]

Ces colères de Mère-Nature, exacerbées par la combustion effrénée des énergies fossiles, nous bousculent! Pendant ce temps, que fait M. Carney? Il multiplie les rencontres avec des lobbyistes albertains qui font la promotion tous azimuts des infrastructures pétrolières et gazières. L’Alberta exige de pouvoir augmenter sa production à 8 millions de barils/jour.[6] Pour commencer, un oléoduc vers le Pacifique, et un autre vers Sarnia en Ontario.[7] Lors du protocole d’entente avec l’Alberta, ces pipelines devaient être financés et construits par des promoteurs privés; après tout, ils ont fait la bagatelle de 60 milliards de dollars de profits supplémentaires depuis le début de la guerre Iran-USA. Mais pourquoi l’industrie réduirait-elle ses profits pharaoniques si Ottawa et Edmonton sont prêts à financer ces pipelines à hauteur de 90%? [8]. Après avoir réussi à faire payer 35 milliards de dollars par les contribuables pour le pipeline Trans-Mountain, gracieuseté du gouvernement Trudeau, l’industrie est prête à profiter du même exercice avec M. Carney!

Et les GES dans tout ça? Bof! Il faut continuer de donner au bon peuple l’illusion que le gouvernement du Canada n’est pas un pyromane, mais qu’il tente de réduire les GES. C’est pourquoi, durant la coupe du monde, celui-ci a fait publier une série de publicités controversées à la télévision.[9] Mais comment réconcilier ces belles publicités vantant la réduction des GES avec le financement d’activités pétrolières qui aggravent les incendies de forêt?

Pour perpétuer l’illusion, les promoteurs, avec la complicité du gouvernement, envisagent le projet de capture du carbone de Pathways, mais encore une fois, aux frais du contribuable. Malgré que ce projet puisse coûter jusqu’à 30 milliards de dollars, il ne réduira PAS TOTALEMENT les émissions carbone. En effet, même s’il réussissait le pari d’enfouir 6 millions de tonnes de carbone annuellement, les émissions totales augmenteraient avec la majoration envisagée de la production albertaine.[10] Dernier détail et non le moindre: le projet de capture du carbone ne peut absolument pas capturer les émissions qui sortent du tuyau d’échappement des voitures qui brûlent ce pétrole! [11]

D’accord, pour sauver le pays de la menace d’annexion comme un « 51e État » proférée par l’ogre malveillant qui impose des tarifs injustifiés, il faut avoir un soupçon d’esprit machiavélique! Mais qu’est-ce qui est le pire, la grippe ou la peste? Pour nous immuniser contre une grippe tarifaire trumpienne, doit-on payer des dizaines et des dizaines de milliards de dollars pour s’auto-infliger la peste des changements climatiques? Faire payer ces pipelines aux contribuables québécois et canadiens, est-ce un pacte avec le Diable?

Gérard Montpetit

La Présentation

le 23 juillet 2026

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