𝐋𝐚 𝐬𝐚𝐠𝐚 𝐝𝐮 "𝐫𝐚𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭 𝐒𝐚𝐯𝐚𝐫𝐢𝐚" 𝐚̀ 𝐃𝐫𝐮𝐦𝐦𝐨𝐧𝐝𝐯𝐢𝐥𝐥𝐞

M. Pierre Isabelle, de Saint-Lucien, relate les tentatives du conseil municipal de Drummondville de camoufler un rapport faisant état de lourdes contaminations de l'eau en provenance du site d'enfouissement de la municipalité.

𝐋𝐚 𝐬𝐚𝐠𝐚 𝐝𝐮 "𝐫𝐚𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭 𝐒𝐚𝐯𝐚𝐫𝐢𝐚" 𝐚̀ 𝐃𝐫𝐮𝐦𝐦𝐨𝐧𝐝𝐯𝐢𝐥𝐥𝐞

Le Collectif CA-PRESSE ( Collectif d'Action Pour une Rivière et un Environnement Sans Site d'Enfouissement) a obtenu l'accès à un rapport de Savaria Experts Conseils qui révèle la présence d'un taux "très très élevé" de composés perfluorés (nommés PFAS ou «polluants éternels») dans les eaux rejetées par le lieu d’enfouissement technique (LET) de Waste Management à Saint-Nicéphore. Les parties du rapport rendues publiques par la Commission d'accès à l'information, ainsi que les recommandations des auteurs du rapport qui, bien que demeurées "confidentielles", ont été publiées dans un reportage de Radio-Canada. 

Les résultats des analyses d'eau commandées par la Ville de Drummondville en 2021 viennent seulement d'être dévoilées au public à grand fracas. Voici un résumé des faits saillants. 

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En 2021, M. Alain d'Auteuil, alors conseiller municipal à Drummondville, s'inquiétait de la toxicité appréhendée des rejets du LET de Saint-Nicéphore vers l'usine de traitement d'eaux usées de la Ville. C'est pourquoi il a utilisé son budget discrétionnaire de conseiller pour commander à la firme Savaria Experts Conseils une analyse de ces rejets et, au besoin, des recommandations sur des actions à entreprendre. Le rapport de la firme a été livré la même année, mais le Conseil municipal de Drummondville a choisi de le soustraire à l’attention de ses citoyens en le déclarant confidentiel.

Cette "confidentialité" a eu pour effet d'aggraver l'inquiétude d'un bon nombre de citoyens, y compris ceux du Collectif CA-PRESSE. En janvier 2023, un membre de ce Collectif, le regretté Roger Pomerleau, a déposé à la Ville une requête d'accès à l'information en vue d'obtenir une copie du rapport. La Ville a refusé d’accéder à cette demande. En mars 2023, M. Pomerleau a fait appel de cette décision devant la Commission d'accès à l'information. Roger est malheureusement décédé subitement avant que sa cause ne soit entendue. En juin 2024, le tribunal de la Commission d'accès à l'information a invité la succession de M. Pomerleau à nommer un représentant pour l'audience de la cause en question. À la suggestion du juriste Richard Langelier, Mme Ginette Laporte, la conjointe de feu M. Pomerleau, a pu mandater le Centre Québécois du droit de l’environnement (CQDE) pour représenter le demandeur.

Le 15 avril 2025, le CQDE a informé le collectif CA-PRESSE que l'appel du demandeur avait obtenu gain de cause : le rapport Savaria a ainsi été rendu public en majeure partie. Cette portion publique excluait toutefois 7 pages du rapport en question, y compris ses recommandations à la Municipalité de Drummondville.

𝐹𝑟𝑎𝑐𝑎𝑠 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑚𝑒́𝑑𝑖𝑎𝑠

Dans un article publié sur Info Radio-Canada le 29 juillet 2025 ainsi que dans un reportage au téléjournal Estrie le même jour (voir segment entre 8'45" et 13') , le journaliste Thomas Deshaies informe la population que trois experts auxquels il a présenté les données maintenant publiques du rapport Savaria se sont dit surpris par les taux "très, très élevés" de PFAS (les fameux "contaminants éternels") dans les eaux issues du LET de Drummondville, jugeant la situation "préoccupante". Ce l'est d'autant plus qu'à ce jour, les PFAS ne font l'objet d'aucun traitement à l'usine de traitement de Drummondville. En conséquence, Drummondville se trouve à déverser une quantité importante de PFAS dans la rivière Saint-François et dans les boues qui sont utilisées comme fertilisant dans beaucoup de nos fermes.

Le journaliste fait état de l'inquiétude de certains citoyens devant la confidentialité qui était maintenue sur les recommandations du rapport Savaria, puisqu'elle les empêche de savoir si la Ville a donné quelque suite que ce soit à ce rapport "préoccuppant".

Or, un nouvel article et un nouveau reportage télévisé (voir segment entre 6' et 9'30") de Thomas Deshaies diffusés le 30 juillet 2025 nous apprennent que:

  1. L'argument invoqué par la Ville pour garder les recommandations confidentielles n'est pas valide, car il s'agit d'une loi obligeant l'ingénieur à protéger le secret de ses clients, alors que le client (ici, la Ville) a pour sa part parfaitement le droit de lever ce secret;

  2. Une source a procuré au journaliste une copie du rapport Savaria complet et son reportage cite en toutes lettres les 𝐫𝐞𝐜𝐨𝐦𝐦𝐚𝐧𝐝𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 qui y apparaissent. 

  1. Quatre de ces recommandations portent sur le suivi à donner à la présence de PFAS dans les eaux usées du LET.

  1. La Ville de Drummondville n'a donné suite à aucune de ces quatre recommandations, invoquant qu'elles sont du ressort du gouvernement provincial.

  1. L’administration municipale n'a pas non plus pressé le gouvernement du Québec d'agir dans ce dossier.

𝐿𝑎 𝑑𝑒́𝑚𝑎𝑟𝑐ℎ𝑒 𝑝𝑟𝑜-𝑎𝑐𝑡𝑖𝑣𝑒 𝑑𝑒 𝑉𝑖𝑐𝑡𝑜𝑟𝑖𝑎𝑣𝑖𝑙𝑙𝑒

Le reportage mentionné au téléjournal du 30 juillet était immédiatement suivi d'un reportage de Jean-François Dumas sur un projet en cours à Victoriaville (segment commençant vers 9'30"). Cette juxtaposition a mis en lumière un contraste frappant entre l'attitude passive de Drummondville et celle pro-active de Victoriaville face aux dangers des contaminants éternels. Cette dernière poursuit en effet un projet de recherche conjoint avec l'École de technologie supérieure (ETS) qu'elle a mandatée pour expérimenter des nouvelles technologies prometteuses pour l'élimination de PFAS à même l'usine de traitement de Victoriaville. On ne peut que souhaiter que Drummondville adopte dorénavant une approche aussi tout aussi pro-active!

Pierre Isabelle

Saint-Lucien

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