Fermez la porte, les mouches !

Le biophysicien et chercheur Marc Brullemans s'étonne de la méconnaissance de l’aspirante première ministre Christine Fréchette du dossier de la filière des gaz de schiste au Québec. Il est d'avis que, dans le contexte environnemental et climatique actuel, la perspective de relancer cette industrie est plus malavisée qu’il y a 15 ans et qu'il faut vite refermer la porte à cette idée.

Fermez la porte, les mouches !

Encore aujourd’hui, la probable future première ministre du Québec a réitéré son désir de consulter la population sur une possible relance des gaz de schiste et d’y réfléchir car, dit-elle, “le contexte a évolué”. Évidemment, on pourrait penser à un ballon politique ou plus vraisemblablement, dans le cadre de cette course à la chefferie, à une façon d’attirer les votes des membres de la CAQ plus à droite mais ces quelques phrases donnent à penser aussi que madame Fréchette et son entourage ignorent ce qui motivait ces milliers de personnes manifestant dans la rue contre ce projet au début de la décennie 2010.

Il est sans doute opportun de rappeler que les permis d’exploration au Québec s’octroyaient à 10 $ le kilomètre carré, que des dizaines de consultations eurent alors lieu dans la vallée du Saint-Laurent, dans des salles bondées, que des centaines de séances d’informations furent organisées par les citoyens et que des milliers de mémoires et d’études furent déposés au gouvernement. Et que cette mobilisation citoyenne menant à la Loi mettant fin à l’exploration et à l’exploitation d’hydrocarbures en 2022 fut l’objet de dizaines de mémoires et de thèses universitaires. Alors, consulter ?... Il faudrait déjà lire. Se souvenir…

On affirme que la situation a changé. Que Donald Trump change la donne, comme s'il avait le pouvoir de modifier la nature du sous-sol ou de l’atmosphère. Oui les choses évoluent mais sur le plan environnemental c’est pour le pire ! Depuis 2010, nos écosystèmes aquatiques se sont détériorés, nos sols se sont dégradés et le réchauffement planétaire s'est accentué et s'accélère même, entraînant une kyrielle d’événements météo extrêmes. Quitter les filières fossiles du gaz naturel, du pétrole et du charbon est un impératif vital ; et l’on voudrait ouvrir la porte à la fracturation dans la Vallée du Saint-Laurent ?!

On voudrait forer pour du gaz alors qu’une étude récente montre que la composition du notre sérum sanguin semble “suivre” la concentration de CO2 dans l’atmosphère, la plus élevée depuis 2 millions d’années, et que cela pourrait affecter dans quelques décennies notre propre métabolisme ? On voudrait forer alors que l’on fermait à la mi-mars des sentiers de marche à Phoenix pour cause de chaleur excessive, 17 degrés au-dessus des normales ? Forer, alors que l’Antarctique commence à fondre et que nos forêts brûlent de plus en plus ? … Ce 23 mars, Antonio Guterres affirmait : « le chaos climatique s’accélère et toute tergiversation sera fatale ».

La saga des gaz de schiste au Québec nous a montré que la CAQ était en faveur de cette filière, que le gouvernement libéral après avoir ouvert la porte ne voulait pas vraiment la refermer, que le gouvernement péquiste était prêt à l’ouvrir pour le pétrole d'Anticosti tandis que QS était contre ces projets. Depuis, notons-le, sans les gaz de schiste, nous

avons combattu la pandémie, notre PIB a doublé et Nick Suzuki connaît de bonnes saisons. Pourquoi forer au Québec pourrait-on se demander…

Une question demeure : sur quelle planète voulons-nous vivre ? Le cinéaste Tarkovski disait en 1986 : « L'homme se développe actuellement comme un ver de terre : un tuyau qui avale de la terre et qui laisse derrière lui des petits tas. Si un jour la terre disparaît parce qu'il aura tout mangé, il ne faudra pas s'en étonner. » Quarante ans plus tard, désirons-nous que notre planète devienne de plus en plus inhabitable ? Voulons-nous fissurer, extraire et une fois encore ouvrir la boîte de Pandore ?

Comme il est courant d’entendre l’été à la campagne, “- Ferme la porte, les mouches ! ”

Marc Brullemans, Trois-Rivières,

L’auteur est membre du Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec et a été coordonnateur au Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec.

30 mars 2026

Références:

Foster & Rahmstorf. Global Warming Has Accelerated Significantly. Geophys. Res. Lett. 6 mars 2026. https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2025GL118804

Larcombe & Bierwirth. Carbon dioxide overload, detected in human blood, suggests a potentially toxic atmosphere within 50 years. Air Qual Atmos Health. 26 février 2026. https://doi.org/10.1007/s11869-026-01918-5

Borenstein. Des records de chaleur enregistrés en mars. Associated Press. 20 mars 2026. https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-03-20/sud-ouest-americain/des-records-de-chaleur-enregistres-en-mars.php

Berwyn. Scientists See Converging Evidence of Antarctic Ice Retreat. Inside Climate News. 23 mars 2026. https://insideclimatenews.org/news/23032026/antarctic-ice-retreat-evidence/

OMM. Le climat de la Terre est de plus en plus déséquilibré. 23 mars 2026. https://wmo.int/fr/news/media-centre/le-climat-de-la-terre-est-de-plus-en-plus-desequilibre

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L’exploitation du gaz de schiste au Québec, c’est encore NON !