Marinwest Energy, fossoyeur d’avenir
« Le nouveau mégaprojet de gazoduc et d’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) que l’entreprise Marinwest Energy veut construire sur la Côte-Nord, au Québec, est « incompatible » avec la voie à suivre pour éviter le naufrage du climat planétaire ».
« Le nouveau mégaprojet de gazoduc et d’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) que l’entreprise Marinwest Energy veut construire sur la Côte-Nord, au Québec, est « incompatible » avec la voie à suivre pour éviter le naufrage du climat planétaire ».
Voilà ce qu’affirmait dans une entrevue au Devoir (30 mars 2026), M. Alain Webster, le président du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC), mis sur pied par le gouvernement du Québec lui-même, pour le conseiller.
Mais qu’est-ce que nous ne comprenons pas, au niveau cognitif, pour réaliser que ce « naufrage du climat planétaire » ne mène à rien d’autre qu’à notre propre naufrage? Qu’est-ce qui nous échappe, au niveau affectif, quand nous sommes capables, au quotidien, de serrer sincèrement dans nos bras nos enfants et petits-enfants et de vouloir ce qu’il y a de meilleur pour eux, et parallèlement, de laisser se développer sur notre territoire et dans nos instances décisionnelles, une activité économique qui se veut fossoyeuse d’avenir pour nos êtres chers?
Et qu’on ne s’y méprenne pas : je n’en appelle pas au sentiment de culpabilité qui, pour moi, est aussi mortifère que le projet de Marinwest Energy. L’avenir des générations futures est dans nos mains. Nous en sommes les bâtisseurs. Il est de notre responsabilité. Ne sous-estimons pas ce pouvoir que nous avons individuellement et collectivement. Mais ce pouvoir est conditionnel, entre autres, au choix qui est le nôtre de faire confiance en la science climatique.
M. Webster ne s’arrête pas là. Il nous prévient que le projet de Marinwest Energy sabote la voie à suivre qui nous permettrait de « développer une économie résiliente pour les décennies à venir ».
On connaît déjà la réserve des scientifiques à utiliser des expressions ou des termes qui pourraient faire peur et provoquer ainsi la paralysie et la démobilisation. Mais jusqu’où, pour éviter l’éco-anxiété, nous faut-il éviter de nommer les choses par leur nom pour rendre compte de la réalité?
Devant celle-ci, M. Webster ne se défile pas. En parlant du projet de Marinwest Energy, son constat est clair et limpide : « D’un point de vue économique, c’est une catastrophe. D’un point de vue environnemental, c’est une catastrophe. D’un point de vue social, c’est une catastrophe. C’est donc une très mauvaise idée ».
Pourtant, on a déjà joué dans ce film-là. Les promoteurs essaient de nous convaincre que leur projet constitue un outil de « transition énergétique », comme
avait fait l’entreprise GNL Québec il y a quelques années. Avons-nous déjà oublié l’analyse qu’en faisait l’Agence internationale de l’énergie en rappelant qu’au contraire, une telle infrastructure gazière représenterait un frein à la nécessaire transition énergétique dont l’urgence n’est plus à démontrer?
On se fait une belle jambe en voulant répondre à court terme aux besoins énergétiques de certains pays par nos énergies fossiles. Mais en gardant le silence sur le fait que la consommation de notre gaz dans ces pays retardera leur propre transition énergétique, nous nous faisons complices de l’accentuation du disfonctionnement du climat.
Nous sommes d’accord avec M. Webster quand il nous rappelle que retarder la transition énergétique revient aussi à « perdre des occasions de développement économique ».
Au Mouvement des travailleuses et travailleurs chrétiens, nous avons adopté au niveau international un plan d’action des quatre dernières années sur le thème : Justice sociale dans une économie pour la vie. Pour nous, une économie qui entretient notre dépendance aux énergies fossiles ne peut prétendre servir la vie, ni aspirer à une plus grande justice sociale, puisqu’elle sape les fondements d’une meilleure justice intergénérationnelle.
Voilà pourquoi nous en appelons à élever nos voix contre le projet de Marinwest Energy et contre la stratégie économique du gouvernement Carney qui mise sur la croissance des exportations d’énergies fossiles canadiennes et qui collabore depuis des mois à ce que le projet de Marinwest se réalise au Québec.
Pour reprendre l’image de M. Carney à Davos, faute d’être à la table de négociation sur la crise climatique, nos enfants, petits-enfants et générations futures n’ont pas à voir la qualité de leur avenir passer « au menu » de nos décisions à courte vue.
Pierre Prud’homme
Laval

