Hydro-Québec : une publicité trompeuse?
M. Claude Charron, de Saint-Ferdinand, dénonce les affirmations trompeuses qu'Hydro-Québec diffuse dans les médias régionaux du Québec dans le but de faire accepter les projets de construction de centaines d'éoliennes géantes principalement en territoire agricole et habité.
Le 1er avril 2026, Hydro-Québec réservait dans les journaux régionaux une page de publicité (1) en vue de préparer les citoyens au choc d’un vaste appel d’offres portant sur l’acquisition d’énergie éolienne qui devait être lancé le 10 avril. Ce projet, qui prévoit l’implantation de plusieurs centaines d’éoliennes de plus de 200 mètres (plus hautes que la Place Ville-Marie), aurait un potentiel dévastateur pour tout le sud du Québec, notamment parce qu’il doit se déployer dans un milieu densément peuplé et sur des terres agricoles de grande qualité et nécessiterait d’innombrables lignes de transmission.
Dans cette publicité, Hydro-Québec affirme que le rôle de ces nouveaux parcs éoliens sera d’alimenter deux millions de foyers. L’ennui, c’est qu’il ne s’agit pas de foyers québécois, mais plutôt de foyers états-uniens de New-York et du Massachusetts. Les contrats d’approvisionnement de ces deux États viennent d’entrer en vigueur, mais Hydro-Québec peine déjà à fournir l’énergie nécessaire, soit l’équivalent de deux fois la production des 45 parcs éoliens du Québec. De plus, comme l’énergie éolienne lui coûte 13 cents/kWh et qu’elle la revend ensuite 9 cents/kWh aux États-uniens, ceux-ci économisent plus de 150 millions $/année (2) aux dépens des consommateurs québécois qui épongent déjà depuis près de 15 ans les surcoûts de l’éolien par une hausse de 10 à 15 % de leur facture d’électricité. Sans compter que ces nouveaux approvisionnements éoliens pourraient être dirigés vers des industries énergivores étrangères (hydrogène, mines, batteries) qui se sont vu octroyer d’importants blocs d’énergie par le gouvernement de la CAQ au détriment de nos entreprises en recherche active d’électricité pour se développer.
Analysons quelques autres affirmations trompeuses d’Hydro-Québec.
HQ : « Une implantation réussie passe par la collaboration avec les milieux d’accueil ». Il s’agit là d’une collaboration à sens unique; en effet, les ententes MRC – promoteur – gouvernement concernent surtout la viabilité économique du projet et non les impacts sur les populations riveraines qui, écartées de tout processus décisionnel, subissent l’industrialisation de leur milieu de vie.
HQ : « Cela permet de concevoir des parcs éoliens qui s’intègrent bien au territoire. » Les éoliennes mitent le territoire et dégradent le paysage. Et aucune mesure d’atténuation n’est possible pour de telles structures atteignant plus de 200 mètres de hauteur et visibles à plus de 30 km. De plus, la multiplication des parcs éoliens exacerbera la covisibilité, soit les effets d’encerclement et d’écrasement chez des milliers de riverains.
HQ : « Les parcs éoliens créent des emplois locaux pendant la construction et leur exploitation ». Pendant la construction, plusieurs dizaines d’emplois temporaires sont certes créés, mais les riverains doivent vivre avec le bruit et la poussière et les routes défoncées. Pendant l’exploitation, environ 3 à 4 emplois/100 MW sont créés, sans qu’aucune autre activité économique directe ou indirecte ne soit générée. Au contraire, la perte d’attrait nuit à la vitalité économique des communautés.
HQ : « Les parcs éoliens aident les municipalités partenaires à générer des revenus supplémentaires ». Pour certaines municipalités, l’apport financier sera tangible, mais dans la majorité des cas les gains seront modestes, du moins selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) qui conclut que le jeu n’en vaut pas la chandelle. (3) Ces revenus sont en outre contraires aux intérêts des abonnés d’Hydro-Québec, qui financent ces partenariats par une hausse de leur facture d’électricité. Il s’agit donc plutôt de subventions ou d’une taxe éolienne déguisées en redevances.
HQ : « On développe une richesse collective qui rapporte à toute la province ». Une richesse collective qui profite surtout aux promoteurs privés et à quelques propriétaires terriens, dont 75 % n’habitent pas la zone touchée et ne subissent donc pas les nuisances. Les surcoûts de l’éolien responsables de notre appauvrissement collectif depuis 25 ans dépassent largement les 10 milliards $ et ne feront qu’augmenter avec ce nouvel appel d‘offres. (4).
Lors de sa dernière annonce publique pour l’inauguration de la mise en chantier du projet éolien Des Neiges, M. Legault a affirmé : « Je suis très confiant qu’on va trouver des emplacements d’éoliennes où la majorité de
la population qui vit dans ces espaces sera d’accord… Qu’il y ait quelques personnes qui ne soient pas d’accord, c’est normal. ». M. Legault passe ainsi sous silence les fortes majorités de citoyens qui ont dit non à un mégaprojet éolien en Mauricie, ainsi que les nombreux mouvements citoyens qui, partout, clament que ces projets sont une aberration en milieu habité. En effet, les gisements éoliens du Nord du Québec, implantés près des barrages et des lignes de transmission, offrent des rendements nettement supérieurs et des économies d’échelles profitables, et satisfont surtout à la nécessaire acceptabilité sociale. Par ailleurs, les citoyens, la société civile, plusieurs élus, l’UPA, etc. n’ont de cesse de réclamer une vaste consultation sur la place de l’éolien dans le cadre énergétique québécois, ainsi que la tenue obligatoire de référendums telle que recommandée par les commissaires du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE). (5)
Les gens ne sont pas dupes des coûts financiers, des coûts environnementaux et des coûts sociaux générés par les projets éoliens. Pas étonnant que ce gouvernement, totalement déconnecté des besoins et des valeurs de la population, se soit effondré sous le poids de ses mauvaises décisions. Souhaitons que les prochains élus pensent et agissent dans l’intérêt public et visent l’atteinte d’une meilleure qualité de vie pour l’ensemble des citoyens, seule vraie richesse à léguer à nos enfants.
Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L’Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d’élus
(1) Le vent : un allié pour notre avenir énergétique, La Nouvelle Union, 1er avril 2026. Page 2
(2) Sylvain Larocque, Électricité : les Américains économiseront $150 millions par année grâce à Hydro-Québec, JDM, 27 novembre 2025
David Descôteaux, Contrat d’électricité au Massachusetts, JDM, 17 janvier 2026
(3) IRIS, Énergie éolienne au Québec : une filière en manque de planification et de transparence, Krystof Beaucaire, 26 novembre 2025
(4) Jean-François Blain, analyste-expert en énergie, Quelle transition?, février 2026.
(5) Rapport d’enquête et d’audience publique, BAPE no 267, mars 2010, page 110.
Idem, BAPE no 386, mai 2025, pages 73-76

