Corridor pour fossiles
M Montpetit constate que pour contrer les tarifs de M Trump, les politiciens proposent un corridor pour acheminer nos ressources vers les marchés Européens. Comme dans une partie d'échecs, nous devons placer nos pions stratégiquement si nous voulons protéger notre climat.
Corridor pour fossiles
Les élections du 28 avril se tiennent dans le contexte d’une tourmente trumpienne. Nous devons réagir! Pour tenter de coordonner une réponse commune face à cette menace économique, le Premier ministre Carney et ses homologues provinciaux ont tenu une conférence au Musée de la guerre le 21 mars dernier. Ils ont convenu de favoriser le commerce interprovincial sur un axe est-ouest et de faciliter l’exportation de nos ressources vers des marchés autres que les États-Unis. Ils sont « ...tombés d’accord pour créer un corridor national pour faciliter le transport et l’exportation du pétrole et du gaz... » ainsi que d’autres produits.
Un corridor est-ouest pour faciliter les échanges commerciaux entres les provinces et pour diversifier nos marchés d’exportation, je veux bien…, pourvu que ce corridor respecte la priorité des priorités. L’éléphant dans la pièce durant cette élection hors normes, ce sont les changements climatiques. Il ne faudrait pas que notre réponse à l’ouragan de la perruque orange nous fasse oublier l’avenir des jeunes générations vivant sur une planète dont les écosystèmes ont été fragilisés par la combustion de trop d’énergies fossiles! Dans les faits, est-ce que le CORRIDOR proposé se limitera uniquement à la résurrection de l’oléoduc Énergie Est et du gazoduc GNL Québec et de son port méthanier? Est-ce que l’électricité et les énergies de l’avenir nécessaires à une véritable transition énergétique seront renvoyées aux calendes grecques?
Comme des joueurs d’échecs, nous devons réagir à la menace immédiate à notre « roi » tout en planifiant nos actions stratégiques pour le combat à long terme. Même pour un jovialiste, construire un oléoduc de 4 600 Km comme Énergie Est requiert minimalement 5 ans. À ce moment-là, le mandat de Trump sera terminé. Mais nous serons pris avec un éléphant blanc dispendieux. Le coût pharaonique de ce future corridor risque d’être tellement élevé qu’on se rappellera avec nostalgie que TransMountain a coûté seulement 50 milliards de dollars aux contribuables canadiens.
Énergie Est et GNL Québec ont été abandonnés par le gouvernement du Québec ET celui d’Ottawa à cause des problèmes économiques et environnementaux et du manque d’acceptabilité sociale. Aussi bien la société québécoise que les deux paliers de gouvernement ont convenu que le jeu n’en valait pas la chandelle! Malgré Trump et l’incertitude économique, il faut évaluer sérieusement si les raisons qui ont amené le rejet de ces projets générateurs de destruction climatique sont toujours valides.
En ce qui a trait aux évaluations nécessaires pour ce futur corridor, M. Poilievre déplore que « ...la loi anti-pipeline C-69 est toujours en vigueur…. ». Quant à M. Carney, il propose d’éliminer les dédoublements en « ...reconnaissant les évaluations des provinces ...». Heureusement qu’il reconnaît la qualité des évaluation du BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement). On se souviendra qu’en 2015-2016, Trans-Canada Pipelines et Énergie Est refusaient systématiquement de se soumettre aux audiences du BAPE alléguant qu’ils reconnaissaient seulement l’autorité du NEB/ONE (National Energy Board/Office national de l’énergie). On a compris le pourquoi de cette obstination lorsqu’on a appris que M. Watson, le premier dirigeant du NED et deux membres de l’office ont eu une rencontre secrète derrière des portes closes avec un lobbyiste d’Énergie Est. Ce manque de transparence par une entité quasi-judiciaire a mis du plomb dans l’aile de la cause d’Énergie Est! Est-ce que la justification pour construire les pipelines de ce corridor énergétique requiert des évaluations bidons???
En période électorale, les lobbyistes tordent le bras de tous les politiciens prétextant l’urgence; ils placent leurs « pions » pour être en position de force pour l’avenir prévisible. Dans la campagne électorale, la taxe fédérale sur le carbone, un outil efficace contre les changements climatiques, est tombée, victime de la petite politicaillerie partisane avec une vue à court terme. Mais, dans cette partie d’échecs, les tarifs et la lubie du « 51e État » de Trump mettent une pression difficilement tolérable sur les « tours » et les « chevaliers » du Canada et du Québec. Mais la partie se gagne en protégeant le « roi », c’est-à-dire le climat. Notre « reine » est placée stratégiquement car le corridor des énergies fossiles doit obligatoirement traverser le Québec. Au nom des jeunes et de toute la biodiversité, utilisons cet atout pleinement pour mettre les projets pétroliers et gaziers « échec et mat »!
Gérard Montpetit
membre du CCCPEM
le 2 avril 2025