Stablex ou l’art de masquer la vérité!

M. Pierre Prudhomme dénonce les mensonges du gouvernement Legault pour légitimer l'adoption sous bâillon du projet de loi 93 qui oblige la ville de Blainville à vendre un terrain d'une grande valeur écologique à l'entreprise américaine Stablex pour l'enfouissement de matières dangereuses.

Stablex ou l’art de masquer la vérité!

« Il faut être capable de prendre ces décisions-là pour le bien de l’ensemble des Québécois! » Voilà en quels termes, d’un air frondeur, notre Premier ministre François Legault, justifie la procédure d’exception qu’est le bâillon, pour accélérer l’adoption du projet de loi 93 qui vise à transférer un terrain de la municipalité de Blainville à la compagnie américaine Stablex, spécialisée dans l’enfouissement des déchets dangereux.

Non seulement M. Legault prétend-il parler en notre nom, mais il s’octroie une supposée dose de détermination ou de courage que n’auraient pas les personnes qui s’opposent à l’adoption du projet de loi 93.

Quelques semaines à peine après le fiasco de NorthVolt, avec la destruction de plusieurs milliers de mètres carrés de terrains humides et la dilapidation de centaines de millions de dollars de fonds publics, nous voilà en train de revivre le même scénario avec le dossier de Stablex à Blainville : même empressement, même manque de transparence, même absence d’écoute de divers représentants de la population!

Il faudrait être bien malvenu et malhonnête de remettre en question la crédibilité et la légitimité des personnes qui, au nom du bien commun, contestent la décision du gouvernement Legault, à commencer par la mairesse de Blainville, Mme Liza Poulin et son conseil, appuyés en cela par la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM), par la Fédération québécoise des municipalités, par l’Union des municipalités du Québec, par des représentants du monde agricole, par des groupes écologistes et par le BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) qui a exprimé un avis négatif sur ce projet. Cela commence à faire beaucoup de monde!

À qui faut-il faire confiance pour la défense de nos intérêts quand le gouvernement et Stablex refusent de rendre publique l’étude que cette dernière a commandée à Englobe pour connaître la valeur écologique du terrain convoité? Heureusement, le Devoir a pu mettre la main sur ce document de 430 pages, daté d’octobre 2023, mais qui n’a jamais été rendu public!

À qui faut-il se fier quand la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Mme Maïté Blanchette Vézina, affirme qu’on a affaire à un « terrain dénaturé et desséché » et qu’il n’y a plus de tourbières « depuis longtemps », alors que l’étude même d’Englobe, dont elle a sûrement pris connaissance, la contredit et rappelle qu’on retrouve 97 237 mètres carrés de tourbières dont le « rendement des fonctions écologiques … est élevé ».

Mostefa Khallaf, poète et philosophe franco-algérien, disait : « Le mensonge qui était l’art des faussaires, des dupeurs et des flatteurs, est devenu à la portée de tout le monde. Le palmarès revient aux hommes politiques dupant une plèbe anesthésiée et complice du désordre sociétal. »

Nous n’avons pas de pouvoir sur les personnes qui ne se gênent pas pour manipuler et fausser les faits à leur avantage et intérêt. Mais nous avons le pouvoir, individuellement et collectivement, de refuser de nous laisser duper et anesthésier par leurs discours.

Ce terrain compte une superficie de milieux humides deux fois plus importante (278 000 mètres carrés) que celle qui a été détruite par NorthVolt. Selon les experts du GIEC (Groupe international d’experts sur l’évolution du climat), ces milieux naturels jouent un rôle important pour la protection de la biodiversité et pour la lutte contre la crise climatique, dont l’urgence n’est plus à démontrer pour l’avenir de nos enfants, petits-enfants et générations futures.

Dans une autre perspective, au cœur d’un contexte de guerre tarifaire ave le gouvernement américain et des menaces qu’il fait peser sur notre souveraineté, comment se fait-il qu’on n’ait pas trouvé d’entreprises québécoises compétentes pour gérer nos propres déchets, de sorte que nos fonds publics mettent à profit les compétences des gens d’ici en plus de nous enrichir?

Surtout, face au président Trump qui répète qu’il n’a pas besoin de nous, pourquoi faudrait-il qu’on sacrifie nos milieux naturels de haute qualité pour servir de poubelle pour ses déchets dangereux?

Devant le refus par le gouvernement Legault d’accepter la proposition de la CMM d’une solution de rechange qui aurait permis à Stablex de s’installer sur un autre terrain appartenant déjà au gouvernement, nous appuyons fortement la ville de Blainville et la CMM dans leur recours en Cour Supérieure pour contester la légalité et la constitutionnalité du projet de loi 93 car, contrairement à M. Legault, nous ne croyons pas que sa décision sert l’intérêt des citoyennes et citoyens actuels et futurs du Québec.

Pierre Prud’homme

30 mars 2025

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