La filière éolienne au Québec : qui sont les véritables opposants?

M. Claude Charron, de Saint-Ferdinand, constate que ceux qui dénoncent les abus et la mauvaise planification de la filière éolienne au Québec ne sont pas contre l'énergie éolienne au Québec. Au contraire ils dénoncent ceux qui s'opposent à une cohabitation harmonieuse et à une intégration réussie de l'éolien.

Nous sommes en 1998. Le premier parc éolien, Le Nordais, est mis en service, marquant le début de la filière éolienne industrielle au Québec. L’accouchement est difficile et laissera des séquelles permanentes : chaos, improvisation et pertes marqueront tout le processus d’implantation jusqu’à aujourd’hui. La production éolienne sera confiée à des promoteurs privés, en totale contradiction avec la nationalisation de l’électricité, réalisée en 1963, qui faisait de l’hydro-électricité une richesse collective appartenant à tous les Québécois. La Régie de l’Énergie, nouvellement créée, rejette cette stratégie, estimant que l’intégration de l’éolien dans le réseau engendrera des coûts trop élevés. Le président d’Hydro-Québec redoute lui aussi de transférer l’énergie éolienne vers le privé aux frais des abonnés d’Hydro-Québec. Le projet est aussi sévèrement critiqué par les commissaires du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui recommandent d’éviter de construire en milieu habité.

Tous les voyants sont au rouge, mais le gouvernement, au nom du développement régional et par opportunisme politique, déploiera néanmoins cette filière qui jouit alors d’un fort capital de sympathie. La Gaspésie, après de nombreux revers économiques, sera au centre de ce nouveau créneau industriel. Elle sera rapidement suivie par les régions plus au Sud, ciblées pour l’implantation d’éoliennes géantes.

Qu’en est-il aujourd’hui? Ironiquement, la production des nombreux parcs éoliens de la Gaspésie est toujours enclavée faute de lignes de transport. Quant au développement régional, à part les retombées de la construction des éoliennes, il n’y a aucune incidence sur la revitalisation des territoires, ni aucun effet de levier sur leur économie.

Hydro-Québec, forcée par décrets d’acheter de l’énergie excédentaire, revend l’électricité à perte, avec pour conséquence une hausse notable des tarifs pour les consommateurs. La société d’État maintient ainsi sous perfusion financière des promoteurs qui, dans une économie de libre-marché, feraient tous faillite. Ceux-ci ratissent tous les paliers de gouvernement pour vendre une énergie réputée verte, pendant que leurs sbires ratissent les campagnes à la recherche non pas de forts vents, mais d’élus faibles pour implanter leurs turbines.

Mais qui sont ces gens qui, par excès et convoitise, finiront par nuire à la réputation de l’éolien, une énergie qui, certes, a ses limites, mais qui, déployée de façon réfléchie, a sa place dans le bouquet énergétique du Québec?

Qui sont ces gens qui s’opposent à ce que l’énergie éolienne soit de propriété publique pour assurer la cohésion de la filière et la prospérité collective?

Qui sont ceux qui refusent que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) enquête sur l’ensemble de la filière éolienne pour en cerner les impacts et les enjeux sur l’occupation du territoire en particulier, et sur la société québécoise en général face à son avenir énergétique?

Qui sont ceux qui s’opposent à la tenue de référendums sur l’opportunité ou non d’implanter des éoliennes industrielles sur le territoire, par respect pour les citoyens qui veulent choisir et non subir?

Qui sont ceux qui s’opposent à ce que les éoliennes industrielles de grande puissance soient implantées hors des territoires agricoles et des milieux habités? À ce qu’on exploite plutôt les meilleurs gisements éoliens, qui sont situés près des lignes de transmission et des réservoirs d’Hydro-Québec (Baie James, Manic, etc.)?

Qui sont ceux qui refusent l’adoption d’une distance minimale de protection entre les éoliennes et les habitations pour en diminuer les nombreuses nuisances?

Qui se moquent de voir les milieux ruraux se transformer en zones industrielles?

Qui sont ceux qui bafouent la majorité des principes de la Loi sur le développement durable?

Qui sont-ils, ces opposants? Ce sont ceux qui empochent l’argent public, ceux qui décident pour les autres, ceux qui vivent loin des éoliennes.

Les citoyens, indignés, les dénoncent. Ils dénoncent les promoteurs, leurs ententes secrètes, leurs mensonges, leurs manipulations. Ils dénoncent certains élus, leur opacité, leurs conflits d’intérêts, leurs agissements anti-démocratiques. Ils dénoncent les gouvernements qui, plutôt que d’enrichir, appauvrissent les régions : pertes en milliards de dollars, pertes de qualité de vie, paysages saccagés, impacts psycho-sociaux. Ils dénoncent Hydro-Québec qui se soumet au pouvoir en place. Ils dénoncent notre société d’État qui renie sa mission sociale et son mandat d’offrir à ses abonnés une source d’électricité sécuritaire, stable et à juste prix, qui renonce à la maîtrise pleine et entière de l’énergie au Québec.

Les citoyens des milieux ruraux abhorrent ces manipulateurs qui ont transformé l’éolien en une source de conflits, et demandent qu’on mette fin à ce traumatisme national, à cette honte. Ces citoyens occupent des régions façonnées par des siècles de vivre-ensemble, en relative harmonie avec un milieu offrant une riche diversité de gens et d’usages. Ils sont le cœur et l’âme de la communauté. Ce sont les gardiens du territoire et ils portent cet héritage qu’ils souhaitent transmettre aux générations futures.

Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de L’Érable (CRÉÉ)

Membre de Vent d’élus

Suivant
Suivant

L’erreur éolienne