Un projet voué à l'échec

Monsieur François Prévost, de Montréal, constate que le projet d'oléoduc de la côte ouest ne rencontre aucun des critères permettant de le désigner en tant que projet d'intérêt national

Dans le cadre de la consultation lancée par le gouvernement du Canada dans le but de déterminer si le nouvel oléoduc de la Côte Ouest peut recevoir la désignation de projet d'intérêt national et dont l'échéance a été fixée au 18 septembre prochain, je souhaite « donner [mon] point de vue sur des considérations susceptibles d’orienter la décision du gouvernement » (1) au sujet de l’oléoduc pétrolier (sic) de la côte Ouest.

Le gouvernement du Canada a décidé d’inscrire l’oléoduc pétrolier de la côte Ouest sur la liste des projets d’intérêt national à l’annexe 1 de la Loi visant à bâtir le Canada. Pour décider s’il y a lieu d’inscrire le projet sur la liste des projets d’intérêt national en vertu de la Loi, la gouverneure en conseil peut tenir compte de tout facteur qu’elle juge pertinent, notamment la mesure dans laquelle le projet peut :

· a) renforcer l’autonomie, la résilience et la sécurité du Canada;

· b) offrir des avantages économiques ou autres au Canada;

· c) avoir une forte probabilité d’exécution réussie;

· d) promouvoir les intérêts des peuples autochtones;

· e) contribuer à une croissance propre et à l’atteinte des objectifs du Canada en matière de changements climatiques. (2)

Penchons-nous donc sur chacun de ces facteurs qui doivent être jugés pertinents.

a) Peut-on sérieusement croire que ce genre de projet va, à long terme et même à moyen terme, renforcer l’autonomie, la résilience et la sécurité du Canada alors que l’on prévoit une diminution de la demande mondiale en pétrole à compter de 2030 ? (3)

b) Si, à court terme, on peut peut-être prétendre que ce projet offre des avantages économiques ou autres (sic) au Canada, on peut quand même avoir des doutes sur ses avantages économiques à long terme. Ces avantages, si avantages il y a, me semblent plutôt d’ordre politique, le Premier ministre Carney étant soumis au chantage de la Première ministre de l’Alberta qui, appuyée par le puissant lobby des énergies fossiles, menace de remettre en cause l’unité de la fédération canadienne.

c) Quant à la possibilité que ce projet ait une forte probabilité d’exécution réussie, rien n’est moins sûr, un seul promoteur privé s’étant montré intéressé, et encore. Le projet qui, à l’origine, devait être financé par le secteur privé repose sur un partenariat public-privé où le secteur privé n’assure qu’une participation initiale de 10 %. Ce sont donc les contribuables canadiens qui devront assumer les risques et les coûts d’un projet que pratiquement aucun promoteur privé n’a jugé rentable à long terme. Encore une fois ici, le politique domine sur l’économique.

d) Pour ce qui est de la promotion des intérêts des peuples autochtones, je laisserai à ceux-ci le soin d’en décider. Mais à la lumière des positions adoptées jusqu’ici par la majorité des représentants de ces peuples, on peut douter qu’ils feront preuve d’un intérêt débordant pour un projet qui risque d’avoir des conséquences plus que néfastes sur leurs terres ancestrales. Mais certains « arguments financiers et économiques » pourraient peut-être en convaincre certains…

e) Enfin pour ce qui est de contribuer à une croissance propre et à l’atteinte des objectifs du Canada en matière de changements climatiques, j’ai du mal à croire que même le Premier ministre Carney, qui en 2015 prononçait un discours sur la tragédie des horizons (Breaking the tragedy of the horizons (4) ), puisse sérieusement y croire…

En fait, j’ai du mal à croire que quiconque est le moindrement informé sur l’évolution des changements climatiques dans le monde puisse honnêtement souscrire à ce genre de projet voué à un échec certain. Comment peut-on soutenir que « l’augmentation de la production de pétrole, de gaz et d’électricité de l’Alberta » aidera à faire « des progrès vers l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050 » (5) , contrairement à l’avis de tous les scientifiques? Doit-on, pour une certaine idée du Canada, persister dans une voie sans issue qui nous mènera à notre perte?

Que de temps perdu à discuter de solutions dont tout le monde sait très bien qu’elles n’en sont pas, de projets dont on sait fort bien qu’ils n’aboutiront jamais, alors qu’on pourrait et qu’on devrait s’atteler dès maintenant, si ce n’est pas déjà trop tard, à convaincre nos concitoyens qu’il est urgent de revoir, rationnellement, et de la façon la plus équitable possible, tout le mode de fonctionnement de nos sociétés. Peut-on encore espérer que nos dirigeants politiques se réveillent et s’attaquent enfin à cette tâche, exigeante certes, mais qui pourrait aussi être aussi exaltante que nécessaire?

1 https://gazette.gc.ca/rp-pr/p1/2026/2026-08-01/html/sup1-fra.html

2 https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/b-9.89/page-1.html#h-1521616

3 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1952123/prevision-pic-petrole-bp-transition-energetique

4 https://www.bankofengland.co.uk/speech/2015/breaking-the-tragedy-of-the-horizon-climate-change-and-financial-stabilit

5 https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/communiques/2026/07/02/canada-et-lalberta-font-progresser-la-proposition-dun-projet

François Prévost

Citoyen engagé

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