Démocratie, politique, débat public et respect
M. Montpetit de La Présentation condamne l'intimidation contre des élus municipaux. Comment des citoyens peuvent-ils s'opposer pacifiquement à une politique favorable à l'implantation d'éoliennes géantes en milieu agricole et habité ?
Depuis le début du mois d’août, divers articles des médias locaux [1] [2] et nationaux [3] font état de menaces, d’actes de vandalisme et d’intimidation envers le maire de Saint-Pie, M. Mario St-Pierre, et d’une conseillère. Certains utilisateurs de la piste de course Sanair n’apprécient pas que la ville ait imposé une « réserve foncière » en vue de la construction éventuelle d’une école secondaire. Gouverner, c’est choisir. Dans ce cas précis, le conseil a choisi de favoriser une institution scolaire au détriment d’une piste de course. Que l’on soit d’accord ou en désaccord avec la politique d’un conseil de ville, rien, mais rien ne justifie ce vandalisme, ni cette violence verbale dans une démocratie.
Ce genre de violence n’est pas nouveau. De nombreux élus municipaux ont quitté la scène municipale pour ne pas la subir; la vie politique est grandement appauvrie par ces multiples démissions. En 2024, le projet de loi québécois n° 57 voulait protéger les élus de menaces proférées par des personnes qui ne sont pas capables de comprendre la portée de leurs paroles blessantes, encore moins d’avoir une analyse critique qui leur permettrait de s’opposer d’une façon intelligente à un choix politique des élus.
Avec cette « fausse bonne idée », l’Assemblée nationale voulait « protéger les élus et favoriser l’exercice sans entraves de leurs fonctions ». Mais en même temps, ce projet de loi pouvait amener une judiciarisation des débats et enfreindre la liberté d’expression et la recherche des meilleures décisions. [4] Mais dans une démocratie qui se veut respectueuse de tous, comment est-ce que des citoyens peuvent s’opposer pacifiquement à la volonté des élus, surtout si ceux-ci sont influencés par les belles paroles de lobbyistes qui, eux, défendent leurs intérêts financiers au détriment du bien commun ? Tout le dilemme de la vie démocratique se résume dans cette question.
Avec le Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain (CCCPEM), le Comité maskoutain de vigilance éolienne (CMVÉ) et le Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ), ce n’est pas la première fois que je contribue au pouvoir citoyen pour amener les élus à prendre une meilleure décision. Par exemple, la gestion des déchets au début des années 90. À ce moment-là, la grande nouveauté qu’on nous proposait était le tri-compostage en vrac. En février 1996, lors de la séance du conseil municipal de Saint-Hyacinthe, 5 conseillers sur 10 refusaient, encore une fois, le principe de la municipalisation des déchets. Pourtant, le rapport Serrener, commandé par la Régie intermunicipale de gestion des déchets à ses débuts, était clair sur ce point : « Tout effort de gestion régionale ou locale s’il veut être intégré et efficace passe d’abord par une municipalisation des services ». [5] Les actions du CCCPEM et un BAPE générique ont poussé dans le dos des conseillers récalcitrants. En août 1996, devant une levée de boucliers, ceux-ci ont enfin accepté ce principe, ce qui ouvrait le chemin pour une gestion moderne à trois voies. De cancre en matière de déchets, Saint-Hyacinthe est devenu un modèle, grâce à un débat public vigoureux.
Voilà quelques années, l’APGQ (Association pétrolière et gazière du Québec) avait convaincu le gouvernement Charest des « bienfaits » de la fracturation hydraulique pour exploiter « nos » ressources gazières. Évidemment, les bons vendeurs, appuyés par des firmes de relations publiques, ne parlent pas ou minimisent les effets négatifs de leur proposition! Face à ces informations parcellaires, les élus ET les citoyens doivent aller chercher des informations solides ailleurs que dans ces beaux discours, préparés par des experts en communications. Deux BAPE et une ÉES (étude environnementale stratégique) plus tard, il devenait clair que l’APGQ nous proposait un marché de dupes, et qui, de surcroît, serait contraire à l’Accord de Paris!
Contrairement aux gaz de schiste, l’éolien a de bons côtés dans une économie sobre en carbone, mais à condition d’être fait correctement… et au bon endroit. Ce n’est pas un débat de « SI », mais un débat de « COMMENT ». Trois compagnies privées, dont une américaine, proposent de bâtir des monstres de 200 m. en notre territoire agricole et habité… parce que cela les avantage. Mais nous? Si cela devait se réaliser, c’est plus que la superficie de la base de béton qui serait retirée de la production agricole. Par exemple, les promoteurs ne nous parlent pas des ZAR (zones d’accès restreint); ces zones autour d’une éolienne que les travailleurs, les motoneigistes, les chasseurs, les agriculteurs et les acériculteurs devront éviter, par mesure de sécurité, afin de ne pas encourir un risque d’accident.
Gouverner, c’est choisir. Après avoir écouté la proposition des promoteurs éoliens, tous les élus ont l’obligation légale et morale de regarder « l’autre côté de la médaille ». C’est pourquoi un BAPE générique devient urgent. A défaut, les élus doivent rechercher des sources d’information fiables comme la « Synthèse des connaissances sur les impacts des parcs éoliens » du Collectif scientifique sur l’éolien, publiée par le RVÉQ. Il y a là une foule d’informations avec les liens vers les références à chaque chapitre. Pour confirmer nos dires au sujet des ZAR, vous pouvez lire le manuel du manufacturier Vesta et ses recommandations à ce sujet. [6]
Dans un possible parc éolien proposé par Innergex à Saint-Pie en 2024, je me suis opposé au maire St -Pierre tant dans sa ville de Saint-Pie qu’à la MRC. [7] Mais jamais je n’invectiverai sa personne, ni ne vandaliserai ses biens. Nous ne sommes pas des ennemis; nous voulons tous les deux le bien commun de notre communauté. À travers un processus transparent et démocratique, j’espère que nous pourrons tous approfondir la question de l’éolien pour pouvoir prendre la meilleure décision pour notre MRC. On l’a fait dans le dossier des déchets et dans celui des gaz de schiste. Pourquoi pas également dans le dossier de l’éolien en territoire agricole et habité ?
Gérard Montpetit
La Présentation
MRC des Maskoutains
le 21 août 2026
1) https://lecourrier.qc.ca/menaces-vandalisme-et-intimidation-envers-les-elus/
5) Rapport Serrener , version papier publié en juillet 1992. Citation à la page 53.
6) https://drive.google.com/file/d/1LTDPJgy6-tf0ihGgntpOakE4Dl7TomZx/view
7) https://rveq.ca/replique-opinions/sur-invitation-seulement

